Quand on pense « Corse », on voit tout de suite Palombaggia, les calanques de Piana et les ruelles de Bonifacio. Sauf qu’en haute saison, vous n’êtes clairement pas seuls sur la photo. Si vous avez envie d’une île de Beauté différente, plus sauvage, plus intime, cet article est pour vous : je vous emmène sur 20 lieux plus discrets, testés ou repérés sur le terrain, avec des conseils concrets pour vraiment y aller… et en profiter.
Pourquoi viser la Corse secrète plutôt que les cartes postales ?
Ce n’est pas une question de snobisme, mais de qualité de voyage. Sur les spots ultra connus :
- les parkings sont pleins dès 9h,
- les prix flambent à proximité,
- les photos sont souvent… pleines de parasols,
- l’expérience ressemble à celle de votre voisin de serviette.
En sortant un peu des sentiers battus, vous gagnez :
- des plages presque vides même en été (si vous gérez bien les horaires),
- des villages où on vous parle encore en corse sur la place,
- des rivières où vous pouvez réellement entendre l’eau couler,
- des randos où vous croisez plus de vaches que de randonneurs.
Ce n’est pas forcément plus compliqué, mais ça se prépare un peu différemment. D’où ce guide.
Préparer un voyage hors des sentiers battus en Corse : mode d’emploi
Avant de lister les 20 lieux, quelques règles du jeu pour éviter les galères (et les déceptions).
- Meilleure période : – Avril, mai, juin, fin septembre et octobre sont idéaux.
– Juillet-août sont possibles, mais visez très tôt le matin ou en fin de journée pour les spots encore confidentiels. - Transport : – La voiture reste quasi indispensable pour ces lieux.
– Prévoyez un petit modèle : les routes sont étroites, surtout dans le Cap Corse et l’intérieur.
– Comptez en moyenne 40 à 60 km/h sur les routes sinueuses, pas plus. - Budget journalier (hors transport jusqu’à la Corse) : – Mode « routard » (camping, pique-niques, peu de restos) : 50–70 € / jour / personne.
– Mode « confort » (hôtels corrects, voiture de location, quelques restos) : 90–130 € / jour / personne.
Les coins plus secrets n’augmentent pas le budget… parfois ils le réduisent. - Applications utiles : – Maps.me ou Organic Maps pour les chemins piétons/hors-ligne.
– Géoportail ou IGN rando pour les randos un peu sérieuses.
– Park4night si vous voyagez en van, pour rester dans les clous et éviter les interdictions. - Sécurité & respect : – Les rivières et cascades peuvent monter très vite en cas d’orage : si l’eau devient marron, on sort.
– Ne touchez pas aux barrières/portails de pâturage : ce n’est pas décoratif, ça appartient à quelqu’un.
– Ramenez vos déchets, surtout dans les coins isolés (oui, même le mouchoir « biodégradable »).
Maintenant que le cadre est posé, passons aux 20 lieux qui montrent une autre Corse.
Corse secrète : 20 lieux cachés à découvrir
- Plage et village de Tollare – Cap Corse : tout au bout de la route du Cap, après Barcaggio, Tollare est un minuscule village de pêcheurs avec une petite plage de galets et une tour génoise. Ambiance bout du monde. Accès en voiture, route étroite mais goudronnée. Idéal en fin de journée pour la lumière. Peu de services, prévoyez eau et encas.
- Moulin Mattei & sentier des crêtes – Col de Serra (Cap Corse) : beaucoup s’arrêtent juste au parking pour la photo. Prenez plutôt le temps de marcher sur les crêtes (sentier balisé) pour vous éloigner un peu de la foule. Vue panoramique sur les deux côtes du Cap, surtout au coucher de soleil. Accès facile, 30 à 45 minutes de balade, niveau très accessible.
- Plage de Nonza hors saison – côte ouest du Cap : Nonza n’est pas un secret en soi, mais en mai-juin ou en septembre-octobre, la grande plage de galets noirs se vide et l’ambiance devient presque lunaire. Parking limité dans le village (payant l’été), accès à la plage par un long escalier (prévoir la remontée). Évitez en plein après-midi en été : chaleur + monde.
- Vallon du Fango – Balagne : tout le monde se rue sur la Restonica, beaucoup moins sur le Fango. Pourtant, les vasques de cette rivière sont magnifiques et bien plus calmes. Garez-vous près du pont de la D351 puis remontez la rivière à pied pour trouver des cuvettes presque pour vous seuls. Eau fraîche mais translucide. Sandales d’eau conseillées. Évitez les sauts depuis les rochers sans connaître la profondeur.
- Plage de Ghjunchitu – entre L’Île-Rousse et Calvi : pendant que la plage de Bodri se remplit, marchez quelques minutes de plus vers Ghjunchitu. Sable clair, eau turquoise, un peu moins de monde et plus de place pour respirer. Accès par un chemin depuis la route (parkings privés payants l’été, 5 à 8 €). Arrivez avant 10h pour être tranquille, ou en fin de journée.
- Village abandonné d’Occi – au-dessus de Lumio : une petite rando de 30–40 minutes vous amène à ce village fantôme dominé par une chapelle. Vue sur tout le golfe de Calvi, atmosphère très spéciale au coucher de soleil. Départ depuis Lumio (panneaux « Occi »). Chaussures fermées recommandées, sentier caillouteux. Prenez une lampe frontale si vous redescendez de nuit.
- Pigna et ses ateliers d’artisans – Balagne : Pigna figure dans les « villages de Balagne », mais la majorité des gens s’arrête à la photo depuis la route. Entrez vraiment dans le village, poussez les portes des ateliers, discutez. Hors saison, c’est particulièrement paisible. Préférez la fin de matinée ou la fin d’après-midi pour éviter les bus.
- Gorges du Tavignano – au départ de Corte : la Restonica attire tous les projecteurs, le Tavignano reste plus calme. Sentier au départ de Corte, bien balisé, qui suit la rivière. Comptez 2 à 3 h aller-retour pour une belle balade (beaucoup plus si vous allez jusqu’aux bergeries). Quelques vasques accessibles pour se baigner. Niveau de difficulté : facile à modéré, mais prévoyez de l’eau et un chapeau, peu d’ombre par endroits.
- Lac de Nino par les bergeries de Popaghia – centre de l’île : le lac de Nino est connu des randonneurs, mais reste moins fréquenté que certains lacs du GR20. Départ depuis le col de Verghio, rando de 4 à 5 h aller-retour. Les pozzines (tourbières verdoyantes) autour du lac sont magnifiques, avec chevaux en liberté. Niveau modéré : montée régulière, pas de passage vertigineux. À faire de juin à octobre, en évitant les orages.
- Plateau du Cuscione – pozzines et chevaux en liberté : bien moins connu que le GR20, ce plateau est un paradis de pelouses verdoyantes, de petites rivières et de pozzines. Accès par une route parfois chaotique depuis Quenza (regardez bien l’état de la route avant de vous lancer avec une petite citadine chargée…). Plusieurs boucles de randonnée faciles depuis le parking de Bucchinera. Idéal en été pour fuir la chaleur de la côte.
- Forêt d’Aïtone et ses vasques – près d’Evisa : ombre, pins laricio, eau fraîche : combo parfait. Depuis Evisa, un sentier descend vers de jolies vasques naturelles, souvent moins bondées que d’autres rivières plus connues. Comptez 1 h à 1 h 30 aller-retour. Prévoyez des chaussures qui ne craignent pas l’eau et un sac étanche si vous aimez traverser les vasques.
- Plage de Capo di Feno – près d’Ajaccio : pendant que tout le monde se presse vers les Sanguinaires, roulez un peu plus loin vers Capo di Feno. Grande plage sauvage, très appréciée des surfeurs. Accès par une route étroite depuis Ajaccio. Attention : baignade parfois dangereuse selon la houle, bien surveiller les conditions et les drapeaux. Pas l’endroit idéal avec des tout-petits, mais parfait pour une grande marche au bord de l’eau.
- Tour de Campomoro et criques voisines – golfe de Propriano : un sentier côtier facile part du village de Campomoro et fait le tour de la presqu’île avec vue mer quasi permanente. La tour génoise est visitable et les criques autour sont souvent calmes, surtout si vous marchez un peu. Boucle de 2 à 3 h selon vos arrêts baignade. Idéal en famille.
- Plage de Roccapina et son lion de pierre – entre Propriano et Bonifacio : la plage est connue, mais souvent moins blindée que les stars de l’extrême sud. Sable blond, eau turquoise, rochers spectaculaires formant un « lion » au-dessus. Piste parfois cabossée pour descendre au parking : roulez doucement. Possibilité de marcher sur le sentier du littoral pour vous écarter du cœur de plage.
- Sites préhistoriques de Cucuruzzu et Capula – Alta Rocca : si vous aimez l’histoire et les forêts, ce combo est pour vous. Un sentier bien balisé dans les bois vous mène à des fortifications préhistoriques et médiévales. Ambiance très différente des sites côtiers, souvent peu de monde. Comptez 2 h sur place. Accès payant mais raisonnable, parking facile.
- Forêt de l’Ospedale et cascade de Piscia di Ghjaddu tôt le matin – sud de l’île : en plein été, la cascade est prise d’assaut. Si vous arrivez à l’ouverture (ou hors saison), l’ambiance change totalement. Rando d’environ 1 h 30 à 2 h aller-retour, quelques passages un peu raides à la fin. Chaussures fermées indispensables. Le barrage de l’Ospedale offre aussi un beau point de vue avec très peu d’effort.
- Étang d’Urbino – côte est : la côte est est souvent boudée, pourtant l’étang d’Urbino est un superbe lieu nature. Grande lagune entre mer et pinède, oiseaux, sentiers tranquilles. On peut combiner balade en fin de journée et dîner de fruits de mer dans l’un des établissements sur pilotis. Route d’accès simple, parking, niveau de marche facile.
- Plage de Pinia – entre Ghisonaccia et Aleria : immense plage bordée de pinède, très peu construite. En dehors d’août, vous pouvez parfois marcher une heure en croisant 3 personnes. Accès par des pistes sableuses (restez sur les voies principales, certaines ornières sont profondes). Prévoir tout : eau, chapeau, encas, il n’y a pas de paillotte tous les 200 mètres.
- Site antique d’Aléria et ses vignes – côte est : si vous aimez varier les plaisirs, combinez visite du site antique (vestiges romains, petit musée avec de belles pièces étrusques) et dégustation de vin dans un domaine des environs. Le site est rarement bondé, même en été. Comptez 1 h 30 sur place. Facilement accessible en voiture, parking devant.
- Cascade de l’Ucelluline – Costa Verde : petite cascade discrète au-dessus de la côte est, accessible depuis la route entre San-Nicolao et Santa-Maria-Poggio. Un court sentier (un peu raide par endroits) mène à un bassin où l’on peut se tremper. Très agréable en fin d’après-midi après une journée de plage. Chaussures fermées fortement conseillées, rochers glissants.
Derniers conseils pour profiter de ces coins préservés
Ces lieux sont « secrets » surtout parce qu’ils demandent un peu plus d’effort : se lever tôt, marcher 20 minutes de plus, accepter de ne pas avoir un snack à chaque coin de rocher. En échange, vous gagnez souvent le silence, la place et des souvenirs plus personnels.
Pour simplifier l’organisation, vous pouvez bâtir votre itinéraire autour de quelques « zones » plutôt que de tout enchaîner :
- Cap Corse & Balagne : base à Bastia, Saint-Florent, L’Île-Rousse ou Calvi. Idéal pour 5 à 7 jours.
- Cœur montagneux (Corte, Verghio, Aïtone, Cuscione) : base à Corte, Evisa, Zonza ou Quenza. 4 à 6 jours.
- Sud & Alta Rocca : base à Propriano, Sartène, Porto-Vecchio. 5 à 7 jours.
- Côte est tranquille : base à Aléria, Ghisonaccia ou Moriani-Plage. 3 à 5 jours.
Une bonne approche consiste à mixer un ou deux « incontournables » (pour ne pas avoir l’impression de rater la carte postale) avec ces coins plus calmes. Par exemple : 1 jour aux calanques de Piana, 1 jour dans la forêt d’Aïtone et ses vasques, 1 jour sur une plage discrète de la côte ouest.
Si vous deviez retenir un seul réflexe pour voir la Corse autrement, ce serait celui-ci : quand vous arrivez quelque part et que la foule vous décourage, restez 5 minutes de plus… et regardez où part le petit chemin, la piste secondaire ou le sentier côtier. Ne faites pas demi-tour tout de suite. Souvent, la vraie belle expérience commence là où s’arrêtent les bus.
Et surtout, gardez en tête que cette « Corse secrète » le restera seulement si chacun joue le jeu : rester sur les sentiers, ne pas laisser de trace, respecter les locaux et les saisonniers. C’est ce qui permet, année après année, de retrouver ces mêmes petits coins préservés… et de continuer à les partager autour d’un café, ou d’un article comme celui-ci.