Quand on pense à l’Auvergne, on voit souvent la même image : grandes prairies, vaches Salers, volcans arrondis. C’est vrai… mais c’est aussi un terrain de jeu parfait pour vivre des expériences complètement différentes, loin des foules et des circuits classiques.
Si vous en avez marre des « top 10 incontournables » qui se ressemblent tous, cet article est pour vous. Ici, pas de visite chronométrée du Puy de Dôme avec la file d’attente au train panoramique. On part sur 15 expériences vraiment hors des sentiers battus, testées ou repérées sur place, entre volcans oubliés, villages à moitié vides et hébergements un peu bizarres (mais géniaux).
Je vous donne pour chaque idée : où c’est, quand y aller, à quoi vous attendre, budget approximatif et quelques astuces pour éviter les mauvaises surprises.
Dormir dans un buron perdu sur les hauteurs du Cantal
Les burons, ce sont ces anciennes petites bâtisses de pierre où l’on transformait le lait en fromage sur les estives. Beaucoup sont abandonnés, mais certains ont été rénovés pour en faire des hébergements rustiques, au milieu de nulle part.
Pourquoi c’est insolite : pas de voisin, juste des vaches, le vent et une vue à 360° sur les monts du Cantal. La nuit, zéro pollution lumineuse : le ciel étoilé est dingue.
Où : autour du Puy Mary, du Plomb du Cantal et du col de Néronne. Cherchez « location buron Cantal » ou passez par des gîtes ruraux locaux plutôt que les grandes plateformes.
À savoir avant de réserver :
- Confort souvent simple : pas toujours de Wi-Fi, parfois toilettes sèches.
- Accès parfois par piste ou chemin en terre : vérifier le type de véhicule conseillé.
- Prévoir vos courses avant de monter : pas d’épicerie au coin du buron.
Budget : 70 à 130 € la nuit selon la taille et le confort. Idéal à 2 ou en petit groupe.
Meilleure saison : fin mai à septembre. L’hiver, certains burons sont inaccessibles (neige, route fermée).
Suivre la crête des volcans oubliés près de Saint-Nectaire
Tout le monde se rue sur le Puy de Dôme. Pourtant, la chaîne des Puys est pleine de petits volcans quasi déserts, avec des randos faciles et des vues de fou, surtout du côté de Saint-Nectaire et Murol.
Idée de balade : enchaîner plusieurs petits sommets comme le Puy de Clierzou, le Puy de Vichatel ou le Puy de Chopine, tôt le matin ou en fin de journée.
Niveau : facile à moyen. Plutôt pour des marcheurs qui ont l’habitude de faire 3–4 h de rando.
Infos pratiques :
- Point de départ fréquent : parkings autour du lac Chambon, de Saint-Nectaire ou de la D5/D36.
- Télécharger les traces sur Visorando ou AllTrails : la signalisation n’est pas toujours très claire.
- Éviter les week-ends de juillet-août entre 11h et 16h : chaleur + un peu plus de monde.
Budget : gratuit, à part le parking (2–5 € parfois) et le pique-nique.
Explorer un village presque fantôme : Apchon ou Chilhac
L’Auvergne est truffée de villages qui ont perdu une grande partie de leurs habitants. Ce ne sont pas des « plus beaux villages de France » saturés de boutiques de souvenirs, mais des bourgs où le temps s’est vraiment arrêté.
Deux idées :
- Apchon (Cantal) : village perché avec les ruines d’un château, vue superbe sur les monts du Cantal, ambiance très tranquille.
- Chilhac (Haute-Loire) : accroché à une falaise volcanique au-dessus de l’Allier, ruelles étroites, vieilles maisons et très peu de touristes.
À faire sur place :
- Monter jusqu’au point de vue (souvent une table d’orientation).
- Arpenter les ruelles sans but précis : portes anciennes, façades, détails.
- Discuter avec le ou la patron·ne du seul café ou bar du coin pour capter l’ambiance locale.
Budget : balade gratuite, café ou bière à 2–4 €.
Descendre une rivière en packraft dans les gorges de l’Allier
Vous connaissez le canoë, mais le packraft est moins courant : un petit bateau gonflable ultra-léger que l’on porte dans son sac à dos, pour alterner marche et descente de rivière.
Pourquoi c’est génial en Auvergne : les gorges de l’Allier sont très sauvages et beaucoup moins fréquentées que l’Ardèche. Avec un guide, vous allez sur des tronçons quasi vides.
Où réserver : auprès de guides sur Langeac, Chanteuges ou Prades. Chercher « packraft gorges Allier ».
Niveau : il faut être à l’aise dans l’eau et en bonne forme, mais les sorties sont accessibles aux débutants avec encadrement.
Budget : 70–110 € la journée par personne, matériel inclus.
Meilleure saison : mai à septembre, en évitant les périodes de crue.
Passer une nuit dans une cabane semi-enterrée façon hobbit
L’Auvergne s’y prête bien : collines, verdure, moutons… et quelques hébergements inspirés des maisons de hobbits, semi-enterrés, avec toit végétalisé.
Expérience : nuit très cosy dans une petite cabane ronde, souvent avec poêle à bois, parfois jacuzzi extérieur. C’est kitsch, mais amusant.
Où chercher : autour du Sancy et dans le Livradois-Forez, mots-clés « hébergement hobbit Auvergne », « cabane terreau », etc.
À vérifier avant :
- Isolation et chauffage : certaines cabanes sont fraîches hors été.
- Accès voiture et parking, surtout en hiver.
- Politique d’annulation (ces hébergements affichent souvent complet longtemps à l’avance).
Budget : 110–200 € la nuit selon les options (spa, repas, etc.). Plutôt pour une nuit « expérience » qu’un long séjour.
Randonner sur un ancien chemin de pèlerinage oublié
Tout le monde connaît Saint-Jacques-de-Compostelle, mais plusieurs tronçons « secondaires » en Auvergne sont quasi désertés, avec une belle ambiance de chemin sans la foule.
Idée : marcher 2 ou 3 jours entre Le Puy-en-Velay et des villages comme Saint-Privat-d’Allier ou Monistrol-d’Allier, mais en mixant avec des variantes locales (GR ou PR moins connus).
Organisation :
- Prévoir 15–20 km par jour.
- Réserver les gîtes ou chambres d’hôtes à l’avance (offre limitée).
- Demander des conseils d’étapes à l’office de tourisme du Puy ou aux hébergeurs.
Budget : 40–70 € par jour et par personne (hébergement + repas en demi-pension).
Meilleure saison : avril–juin et septembre–octobre pour éviter la chaleur.
S’initier au parapente au-dessus des volcans
Voler au-dessus d’une chaîne de volcans, ça reste un moment assez unique. Plutôt que le très fréquenté Puy de Dôme, on peut viser des sites un peu moins saturés autour du Sancy ou de la vallée de Chaudefour.
Comment ça se passe : vol biplace avec un moniteur, 10 à 25 minutes selon la formule. Vous êtes assis dans la sellette, pas besoin de savoir piloter.
À anticiper :
- Réserver tôt en saison, puis être flexible : tout dépend de la météo.
- Tenue chaude, même en été (en l’air, ça caille vite).
- Vérifier l’assurance et les certifications de l’école de parapente.
Budget : 80–130 € par personne pour un vol découverte.
Faire du vélo-rail sur une ancienne voie ferrée au milieu des volcans
Le vélo-rail, c’est un drôle d’engin à pédales posé sur des rails. Vous suivez une ancienne voie ferrée au rythme de vos jambes, à travers tunnels, viaducs et forêts.
Pourquoi c’est sympa : activité ludique, famille ou entre amis, sans voitures. En Auvergne, plusieurs parcours sont vraiment sauvages.
Où : vélorail du Cézallier, vélorail du Cantal, vélorail des Fades… Les trajets varient entre 1h30 et 3h.
À savoir :
- Réservation quasi indispensable en été.
- Prendre de l’eau et une casquette : pas d’ombre sur certains tronçons.
- On pédale à l’aller, souvent retour en descente ou en navette selon les sites.
Budget : 28–45 € par vélo-rail (2 à 5 personnes selon le modèle).
Observer les étoiles depuis un plateau isolé du Cézallier
Le Cézallier, c’est un grand plateau entre Cantal et Puy-de-Dôme, peu habité et très peu éclairé. Parfait pour une soirée d’observation du ciel.
Comment faire :
- Repérer un parking ou un petit col dégagé (autour de la D678 par exemple).
- Arriver avant la nuit pour installer plaid, chaises, thermos.
- Couper toutes les sources de lumière et laisser vos yeux s’habituer.
Astuces :
- Appli type Stellarium ou SkyView pour reconnaître les constellations.
- Choisir une nuit sans lune pour mieux voir la Voie lactée.
- Prévoir des couches très chaudes, même en été (plaine + altitude + vent = frisquet).
Budget : gratuit.
Tester les thermes version locale à Chaudes-Aigues ou Châtel-Guyon
Les stations thermales auvergnates, ce ne sont pas que des cures médicalisées. On peut aussi les vivre en mode « bain chaud + détente » avec une touche très locale.
Deux ambiances :
- Chaudes-Aigues : la source sort à plus de 80 °C, c’est impressionnant. Petit village, thermes à taille humaine.
- Châtel-Guyon : plus grande station, beaux bâtiments Belle Époque, spa moderne.
À faire :
- Formule 2–3 h de spa (bassins, jets, hammam) pour se remettre d’une rando.
- Balade dans le village pour sentir l’atmosphère un peu rétro.
Budget : 20–40 € par personne pour l’accès spa selon les lieux.
Suivre un producteur de fromage sur son alpage
Saint-Nectaire, Cantal, Salers, Bleu d’Auvergne… Plutôt que d’acheter un plateau au supermarché, on peut passer quelques heures avec un producteur, sur son estive ou à la ferme.
Expérience :
- Visite de la fromagerie.
- Explications sur l’affinage, les AOP, la vie en montagne.
- Dégustation généreuse à la fin, souvent avec pain et jus ou vin.
Où chercher : offices de tourisme de Murat, Salers, Saint-Nectaire, ou directement « visite ferme + nom du fromage ».
Budget : 5–12 € par personne, souvent gratuit pour les enfants.
Se perdre (volontairement) dans la forêt du Livradois-Forez
Le parc naturel du Livradois-Forez est souvent zappé au profit du Sancy. Pourtant, c’est un énorme massif forestier avec des villages minuscules, des routes désertes et une vraie sensation d’ailleurs.
Idée de journée :
- Tracer un itinéraire sinueux entre Ambert, Olliergues, Cunlhat et Usson.
- Alterner petites balades en forêt, pauses dans les bistrots de village, points de vue.
- Tester une vieille ligne de chemin de fer touristique si elle est en service (panoramas garantis).
Astuce : accepter de ne pas tout « optimiser » : le charme du coin, c’est justement de prendre les petites routes au hasard.
Budget : carburant + quelques cafés et repas (15–25 € par personne au resto de village).
Faire un bivouac légal au bord d’un lac de cratère
Plusieurs lacs d’Auvergne sont d’origine volcanique et certains se prêtent bien à une nuit en bivouac discret, en respectant les règles locales.
Exemples : lac Pavin (avec restrictions, se renseigner à l’office de tourisme), lac de Guéry, quelques petits lacs secondaires moins connus.
Règles de base :
- Tente à la tombée de la nuit, démontée au lever du jour.
- Pas de feu au sol (réchaud uniquement, et encore, avec prudence).
- Laisser l’endroit plus propre qu’à l’arrivée.
Matériel minimum : tente légère ou tarp, sac de couchage 0 à 5 °C, matelas, frontale, filtre à eau si besoin.
Budget : gratuit une fois équipé en matériel.
Suivre une route volcanique au lever du soleil
Plutôt que la rando classique de journée, l’Auvergne se prête hyper bien aux départs à l’aube en voiture, avec plusieurs arrêts sur des cols et points de vue.
Itinéraire possible : départ de Besse ou Super-Besse, montée vers le col de la Croix-Morand, puis col de Guéry et plateau entre Orcival et le lac Servières.
Organisation :
- Vérifier l’heure du lever de soleil et partir 45 min avant.
- Prévoir un thermos de café, un petit-déj simple et des vêtements très chauds.
- S’arrêter sur 2 ou 3 points de vue maximum pour profiter vraiment.
Budget : carburant + petit-déj (quelques euros).
Participer à une fête de village vraiment locale
En été, presque chaque village organise sa fête patronale, fête de la Saint-Jean, fête du fromage ou du bœuf… Rien à voir avec les gros festivals, ici on est sur du bal, de la buvette, des stands tenus par les habitants.
Pourquoi y aller :
- Ambiance 100 % locale, pas pensée pour les touristes.
- On mange simple mais bon : aligot, truffade, saucisse grillée.
- C’est l’occasion parfaite de discuter avec les gens du coin.
Comment trouver : regarder les affiches dans les villages, les agendas des offices de tourisme, ou demander directement dans les cafés.
Budget : 10–15 € pour un repas sur place + quelques verres.
Quelques conseils pratiques pour organiser un séjour « insolite » en Auvergne
Avant de tout réserver, quelques points à garder en tête pour profiter à fond de ce côté hors des sentiers battus :
- Voiture quasi indispensable : les transports en commun existent, mais sont rares et peu pratiques pour les coins isolés.
- Anticiper les hébergements insolites : burons, cabanes, hobbit houses se remplissent vite sur les week-ends et les vacances scolaires.
- Prévoir un plan B météo : pluie ou brouillard peuvent tout changer. Garder quelques activités « sous la pluie » (thermes, visites de villages, fromageries).
- Équipement minimal : bonnes chaussures de rando, coupe-vent imperméable, polaire, bonnet même en été, lampe frontale, batterie externe (peu de prises dans certains hébergements rustiques).
- Budget quotidien indicatif :
- Version serrée (bivouac, pique-niques, peu de restos) : 35–50 €/jour/personne.
- Version confort (gîtes, quelques restos, activités payantes) : 70–110 €/jour/personne.
L’Auvergne, c’est vraiment le genre de destination qui se révèle une fois qu’on sort de la liste des « must-see » et qu’on accepte de prendre une petite route sans trop savoir ce qu’il y a au bout. En mélangeant 2 ou 3 des expériences ci-dessus sur un long week-end, ou 6 à 8 sur une semaine, vous aurez déjà un voyage qui ne ressemble pas à celui du voisin.